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Les ACT de Savoie au temps du confinement

A Chambéry, les Appartements de Coordination Thérapeutique de Savoie  hébergent des personnes en situation de précarité et souffrant de maladies chroniques.

Téléchargez ici le rapport d’activités 2019 de ce service.

Au bout de 6 semaines de confinement, nous avons interrogé l’équipe des ACT de Savoie en commençant par le vécu des résidents.

Des inquiétudes

Au début du confinement les personnes hébergées, parfois seules, parfois en famille, dans des logements autonomes, ont exprimé de l’inquiétude face à cette situation : «Ils ont d’abord été très inquiets sur le confinement, le covid, les risques pour eux, les incidences sur leurs droits, leurs santé, leurs familles en France et dans le monde.. ».

Assez vite cette inquiétude a aussi concerné les questions administratives, financières, de recherche d’emploi et de formation professionnelle ou pour apprendre le français.

Des peurs

Fragiles, les résidents font part de leurs peurs. Peur d’une détérioration de leur état de santé s’ils étaient infectés par le virus, peur de la mort, mais aussi peur liée au fait que «les suivis médicaux ont changé : annulation de consultation et/ou d’examen, vidéo consultation ou consultation par téléphone (c’est un mode de consultation dont ils n’ont pas l’habitude), pas de masques disponible …». Cela engendre pour certains «le risque d’une majoration des symptômes anxieux vécus habituellement». Cette peur c’est aussi celle de «se rendre chez leur médecin traitant ou en consultation hospitalière pour suivi médical (peur d’être contaminé dans ces établissements sanitaires». Il s’agit parfois de la peur «des parents pour leurs enfants (surtout lorsque leur enfant est porteur de maladie chronique donc plus fragile)».

Des incompréhensions

Pendant les premiers jours, les résidents «n’ont pas tous compris le sens du confinement et en quoi il allait consister» ; cette difficulté est bien entendu renforcée lorsqu’on ne maitrise pas le français.

Un temps unique

Mais «aujourd’hui, ils vivent assez bien le confinement même si cela pèse sur leur quotidien». Les professionnels qui les accompagnent constatent «qu’ils prennent le temps de la réflexion, notamment sur le sens de cette épidémie». Pour certains «c’est un temps unique avec leur(s) enfant(s), un temps de créativité (à travers la cuisine, des travaux manuels), avec l’utilisation de moyens de communication différents (WhatsApp…)».

Des modalités d’accompagnement adaptées

Les résidents sont des personnes très vulnérables; face à leurs craintes liées à l’épidémie, l’équipe pluri professionnelle des ACT a du adapté ses modalité d’accompagnement. Les craintes des résidents concernent beaucoup le suivi des recommandations des gestes barrières et l’approvisionnement en médicaments. Une infirmière de l’équipe «se charge de récupérer tous les médicaments à la pharmacie de l’Hôpital et les livre aux résidents en respectant les gestes barrières»; un travailleur social «récupère des masques chaque semaine et les dépose dans les boîtes aux lettres des résidents avec des attestations de déplacement».

Une prise en charge virtuelle individuelle des résidents a été mise en place avec la multiplication des appels téléphoniques et d’envoi de sms, ou collective via WhatsAPP, ZOOM, y compris pour des échanges d’astuces, de recettes … «Ainsi le virtuel a pris la place du réel..» En cas de besoin des rendez-vous sont organisés avec la psychologue.

Aux ACT de Savoie, les professionnels s’appuient sur les interprètes de l’ADDCAES (par téléphone) pour poursuivre les accompagnements avec les résidents non francophones.

Les projets d’accompagnement des résidents ont été redéfinis en partant de leurs besoins en cette période de confinement et des observations des professionnels. Il s’agissait de «sécuriser cette période et de donner des repères aux résidents (rendez-vous, projet santé…)». La priorité de l’équipe est «de s’assurer que les résidents aillent le mieux possible».

Des professionnels disponibles, investis

Mais, comme dans les autres entreprises, il a fallu tenir compte de la disponibilité des salariés. Ainsi, une partie de l’équipe est en télétravail (totalement ou en partie) pendant que l’autre est en garde d’enfants… Un professionnel de chaque profession est représenté (chef de service, travailleur social, infirmière, psychologue, secrétaire). «Cette organisation nous a demandé de nous adapter entre nous, de faire des réunions régulières pour favoriser la communication et donc la continuité de service..». Au début, des réunions d’équipe (virtuelles) étaient organisées presque tous les jours, actuellement deux fois par semaine. L’équipe a créé son propre groupe WhatsApp.

Au bout de plusieurs semaines de confinement des effets « télétravail » se font ressentir (du mal à couper avec le travail, maux de tête, plus de temps à accomplir une tâche, réfléchir…). Chacun vit cette période d’incertitude plus ou moins difficilement en fonction de sa situation. «Comment anticiper, mettre en place des actions, lorsqu’on ne sait pas grand-chose sur le covid-19, sur les symptômes, sur la fin et l’après confinement ? C’est un travail au jour le jour».

Au-delà de ces difficultés partagées c’est un constat très positif que pose Eve Menthonnex, chef de service des ACT : «L’équipe présente est très sollicitée et a su déployer de nombreuses ressources… Ce n’est pas facile, mais nous avons beaucoup de chance d’avoir des professionnels aussi investis aux ACT».